21 fév

Femmes, boîtes de Pandore

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On a cap­turé ma per­for­mance Femmes, boîtes de Pan­dore (huit pre­mières minutes de la vidéo).
Libre à vous de l’ouvrir…

[Forum Euro­péen de Bioé­thique 2013, en ouver­ture du débat “L’homme comme cobaye”, ven­dredi 1er février 2013 à 18h, salle de l’Aubette (Strasbourg)]

13 mar

Pupitres.

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Les pupitres invi­sibles (oui, je n’aime pas vrai­ment les pupitres) s’enchaînent et ne se res­semblent pas.

Ven­dredi 16 mars, à 19h, je suis invi­tée au Col­lège Doc­to­ral Euro­péen (Stras­bourg) à faire une lec­ture de Mar­got, dans le cadre d’une ren­contre Anthro­po­lo­gie & Lit­té­ra­ture. Pre­mière sor­tie publique pour Mar­got, pro­jet gran­dis­sant, arrosé pluie douce et bai­gné soleil par quelques moti­va­tions scé­na­ris­tiques exté­rieures non-négligées…

Jeudi 22 mars, à 18h (Gale­rie No Smo­king, 19 rue Thier­gar­ten, Stras­bourg), je vous convie au ver­nis­sage de l’exposition col­lec­tive Indis­ci­plines, orga­ni­sée par la coopé­ra­tive Arten­réel. J’y expose MURS, com­po­si­tion typo­gra­phique pré­cé­dem­ment pré­senté sur ce blog. Vous y retrou­ve­rez les créa­tions de Pierre Soi­gnon, Chris­tophe Mar­guier, Bar­bara Leboeuf, Claire Bran­din, Tithouan Feron, Éléo­nore Dumas, Won­der­ba­bette et Fany Scheu­rer.

Autour de l’exposition Indis­ci­plines se déroulent des soi­rées déso­béis­santes (horaires à pré­ci­ser) où je ferai quelques lec­tures (tou­jours à la Gale­rie No Smo­king)…
— Le jeudi 5 avril, Le Ventre Vide, reprise de la per­for­mance pré­sen­tée au Forum Euro­péen de Bioé­thique, avec les vidéos d’Isabelle Vali & mise en scène par Jenny Mac­quart.
— Et le dimanche 15 avril, c’est avec un très grand bon­heur que je sor­ti­rai le per­son­nage d’Envi­ron Ven­dredi de sa bibliothèque…

À très vite…

29 jan

Ventre(s) au Forum Européen de Bioéthique

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Samedi 4 février à 16h, je vous donne rendez-vous dans la salle de l’Aubette à Stras­bourg, pour une lec­ture asso­ciée à mon pro­jet Ventre(s). Le Forum Euro­péen de Bioé­thique m’y accueille en ouver­ture de sa confé­rence “Droit à l’enfant, droits de l’enfant”. J’y inter­prète un mono­logue, celui de Diane, femme sup­po­sée infer­tile puisqu’en échec d’enfantement depuis trois ans. J’ai écrit ce texte avec l’impulsion de paroles de femmes affron­tant cette dif­fi­culté, que je remer­cie de tout cœur pour leur confiance.

Je tra­vaille sur ce pro­jet avec deux artistes aux belles éner­gies : Isa­belle Vali, ma consœur d’Artenréel, scé­no­graphe qui réa­lise des vidéos pro­je­tées pen­dant ma lec­ture, et Jenny Mac­quart de la Cie Le Théâtre Des­ti­ner­rant, qui met en scène mes paroles. Créer ensemble est un vrai plai­sir tissé de confiance.

Vous trou­ve­rez ici la pré­sen­ta­tion du pro­jet sur le pro­gramme du Forum Euro­péen de Bioéthique.

Je vous sou­haite à toutes et à tous une excel­lente année… La mienne com­mence char­gée. Mes vœux sont “en retard”, mais en chemin.

26 déc

Travailler avec un typographe.

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En 2012, je vais par­ta­ger mon espace de tra­vail avec mon com­père Loïc San­der, typo­graphe & des­si­na­teur de carac­tères. Pour fêter ça, j’ai envie de vous mon­trer la belle valeur ajou­tée que j’obtiens dans mes écrits lorsque le typo­graphe s’en mêle.

Nous avons par­ti­cipé au der­nier numéro de la revue Caphar­naüm, avec un tra­vail sur la thé­ma­tique de la “Révo­lu­tion”. Cet ouvrage étant très gra­phique, j’ai pro­posé à Loïc d’inventer une mise en page un peu particulière…

Je pro­fite égale­ment de l’occasion pour vous mon­trer deux petites pièces extraites d’Envi­ron Ven­dredi que Loïc a égale­ment mis en page.

La fonte de carac­tères uti­li­sée ici a été créée de ses mains, et vous pour­rez en savoir plus sur ses tra­vaux en allant sur son site, akallolip.com, qu’il ali­mente régulièrement.

J’espère que la pro­chaine année va don­ner nais­sance à d’autres pro­jets col­lec­tifs, et que je conti­nue­rai à entendre joyeu­se­ment Loïc sif­fler du blues en cha­touillant sa tablette gra­phique dès que je but­te­rai sur un mot ou qu’un rythme se sera cassé. Sinon, au pire, ça finira comme ça.

16 déc

La Tempête.

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En ce 16 décembre, la tem­pête Joa­chim est venue fêter les Alice.

© Jérome Fouquet

Ce matin au réveil, j’ai repensé à un poème de Ray­mond Que­neau qu’un ensei­gnant en fran­çais m’avait fait apprendre par cœur en classe en 5ème. Il s’appelle “Il pleut”, et je m’en sou­viens encore. J’avais déve­loppé une méthode pour me sou­ve­nir du nombre de mots iden­tiques à répé­ter. Je devais avoir 12/13 ans et je trou­vais ça com­plè­te­ment cruel de me faire faire du cal­cul en cours de fran­çais. Aujourd’hui, j’en ris volontiers.

Averse averse averse averse averse averse
ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie !
gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau
para­pluie ô para­pluie ô para­verse ô !
para­gouttes d’eau para­gouttes d’eau de pluie
capu­chons pèle­rines et imper­méables
que la pluie est humide et que l’eau mouille et mouille !
mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau
et que c’est agréable agréable agréable
d’avoir les pieds mouillés et les che­veux humides
tout humides d’averses et de pluie et de gouttes
d’eau de pluie et d’averse et sans un para­goutte
pour pro­te­ger les pieds et les che­veux mouillés
qui ne vont plus fri­ser qui ne vont plus fri­ser
à cause de l’averse à cause de la pluie
à cause de l’averse et des gouttes de pluie
des gouttes d’eau de pluie et des gouttes d’averse
che­veux désar­çon­nés che­veux sans parapluie

Il pleut”, Ray­mond Queneau.

19 nov

Ce qu’il se passe.

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Beau­coup de mou­ve­ments pour un automne. J’ai pro­fité de cette nuit pour mettre à jour les­bis­cuits­da­lice, quitte à être hors-saison autant le faire entièrement.

Ventre(s) avance, et le pro­jet s’est étendu. Je tra­vaille actuel­le­ment sur une repré­sen­ta­tion théâ­trale. Ma ren­contre avec Isa­belle Vali, scé­no­graphe et inven­teuse d’espaces, a élargi mes pers­pec­tives. Pour la mise en scène, Jenny Mac­quart com­plè­tera notre tri­angle. Une amie m’a dit que c’était la struc­ture la plus solide… Je cherche plus que jamais à recueillir des témoi­gnages de femmes souf­frant ou ayant souf­fert au niveau des ventres, qu’importe la rai­son, et plus par­ti­cu­liè­re­ment autour de la thé­ma­tique de l’infertilité et du désir d’enfant com­pli­qué (puisque c’est la par­tie sur laquelle je com­pose très pré­ci­sé­ment actuel­le­ment, pour les besoins du spec­tacle). N’hésitez pas à me contacter.

— Ouver­ture d’une page Mar­got sur les­bis­cuits­da­lice ! Intro­duc­tion au roman que je prends un plai­sir énorme à écrire. C’est un exer­cice très dif­fé­rent de ce que je fais d’habitude. Je cours com­plé­ter ce fichier-texte dès que le temps me le per­met. S’il ne fait pas par­tie de mes prio­ri­tés pro­fes­sion­nelles, c’est pour­tant en lui que je glisse mes plus tendres res­pi­ra­tions. Mes temps de pause lui sont réser­vés . Sur­prise, autour de Mar­got, je m’amuse à créer sur dif­fé­rents sup­ports. Je vous pré­sente aujourd’hui une vidéo.

— Un petit écart, ici. Comme cer­tains le savent, une énorme par­tie de mon temps de tra­vail est consa­crée au déve­lop­pe­ment de Fol­deer (paper­toy géant en forme de tête de cerf murale), pour lequel je suis à la fois gérante et lutin. Avis à tous les ama­teurs : com­man­der un Fol­deer, c’est aussi finan­cer mes temps d’écriture : )

03 nov

De la dernière bande de Beckett au premier album de Krapp…

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Je rafolle des projets-expériences, aussi inno­vants qu’ils se nour­rissent d’un héri­tage lit­té­raire ingéré et trans­formé. Alors quand j’ai décou­vert Krapp, j’ai direc­te­ment eu envie de vous pré­sen­ter ce pro­jet. Mais qui est Krapp ? À la base, il s’agit d’un vieux mon­sieur, né sous la plume de Samuel Beckett dans sa courte pièce La Der­nière Bande (1958/1960). Krapp, plus jeune, a enre­gis­tré ses pen­sées, soli­loques et soli­tude. Des dizaines d’années plus tard, il réécoute sa propre his­toire, confronté au vide qui l’entoure. Krapp et moi, on se connaît bien. On a passé de longues heures ensemble, lorsque j’étais étudiante : mon pro­jet de fin de D.U. d’Études Théâ­trales por­tait sur l’invention d’une scé­no­gra­phie pour La Der­nière Bande. Je pense m’être suf­fi­sam­ment nour­rie des silences par­lants de Beckett pour en avoir laissé une trace indé­lé­bile dans ma façon d’appréhender les miens.

Ce n’est pas direc­te­ment du per­son­nage inventé par Beckett dont je tenais à vous par­ler ici, mais du groupe musi­cal Krapp, com­posé prin­ci­pa­le­ment de Kevin Brosse et d’Olga Svo­bo­dova. Je vous invite à écou­ter leur album A Voice on a Cradle, en cli­quant ici, qui leur fut ins­piré par l’œuvre de Beckett.

 

 

Intri­guée, j’ai demandé à Kevin de m’expliquer un peu l’origine et le dérou­le­ment de leur démarche. Voici sa réponse :

À l’origine, le pro­jet Krapp est né d’une envie de ré-exploiter un patri­moine musi­cal. L’idée était de par­tir de musiques pré-existantes, des musiques qui nous plaisent ou qui nous ont plu et qui ont laissé des choses en nous, qui ont influencé notre approche de la musique, qui ont affiné nos goûts et qui ont forgé notre exi­gence d’originalité, de spon­ta­néité et de curio­sité. Ces musiques rock (pour la plu­part d’entre-elles) font par­ties de nous même si une dis­tance avec le temps a pu s’imposer par la décou­verte de nou­veaux sons, de nou­velles approches musi­cales. Cette dis­tance per­met une relec­ture. La décou­verte de Beckett et en par­ti­cu­lier de La Der­nière Bande m’a pro­fon­dé­ment mar­qué car j’ai vu dans la démarche du per­son­nage de Krapp des simi­li­tudes avec cette envie de relec­ture (le fait de réécou­ter de vieilles bandes qu’il a enre­gis­tré par le passé et de les com­men­ter avec tout ce que la vie vécue entre ces points du passé et le pré­sent implique dans le déve­lop­pe­ment de la ques­tion de sa propre existence).

Le tra­vail musi­cal dans ce pro­jet s’est donc déve­loppé à par­tir de samples, les bandes en quelques sortes, dont une par­tie pro­vient de musiques que j’ai écouté et d’autres sur les­quels j’ai tra­vaillé en tant que musi­cien ou tech­ni­cien du son. L’avantage des samples, c’est qu’on peut gar­der ce qu’on veut d’une œuvre pré­exis­tante, on peut égale­ment col­ler des bouts de samples entre eux et don­ner un autre sens à la musique, en modi­fier la per­cep­tion. À force d’être trai­tés, tri­tu­rés dans tous les sens, l’origine de ces bandes devient non iden­ti­fiable à l’oreille mais elle impose un cadre, une trame pour un nou­veau mor­ceau. Une fois ce dis­po­si­tif d’appropriation effec­tué, le reste de la com­po­si­tion consiste comme dans toutes musiques à com­plé­ter si besoin les pro­cé­dés mélodico-rythmiques, enri­chir les timbres, hié­rar­chi­ser les évène­ments musi­caux pour faire sens. Par­fois même les samples qui ont per­mis le démar­rage de la com­po­si­tion ont fini par dis­pa­raître car ils n’avaient plus lieu d’être.

Concer­nant les textes, nous étions par­tis de poèmes de Beckett car ils étaient riches dans leur métrique et dans leur qua­lité sonore et suf­fi­sam­ment évasifs pour lais­ser place à notre ima­gi­na­tion pour les mettre en musique. Cepen­dant, nous n’avons pas réussi à trou­ver un ter­rain d’entente qui convienne à la fois à nous et aux mai­sons d’éditions qui publient les œuvres de Beckett. Mais étant donné la place de plus en plus impor­tante que pre­nait la musique dans le pro­jet, ils nous a paru pos­sible de se sépa­rer de ces textes et de les rem­pla­cer. Les textes de Beckett nous ont per­mis de déve­lop­per les mélo­dies et rythmes exploi­tés par la voix mais il n’y avait pas for­cé­ment tou­jours de cor­res­pon­dance entre ce que la musique et ce que les textes signifiaient.”

Si Krapp vous plaît, vous pou­vez les sou­te­nir en ache­tant leur album sur leur page band­camp. Un grand bravo à Kevin et Olga pour la réa­li­sa­tion de ce pro­jet, et merci à Sam de me l’avoir fait découvrir.

26 oct

L’automne sans couleurs

L’automne succède-lumière à l’été indien. Dans le silence et la clarté, je suis par­tie repo­ser mon dos et ma réac­ti­vité, mis à l’épreuve de temps labo­rieux et néces­saires. Il n’y a que dans ma cam­pagne où je m’autorise encore à fer­mer les yeux, fil­trer le monde en noir et blanc, réso­lu­tion mini­male où le corps en veille res­pire sans avoir peur d’oublier ce qui n’est pas si impor­tant. Quelques jours sans autre cage que tho­ra­cique. Ici, je retrouve natu­rel­le­ment le fami­lier. L’odeur du radia­teur de la chambre qui n’a pas été allumé depuis mon der­nier pas­sage. Le bruit du bois des planches du vieil esca­lier qui grince sous mes pas. Et sous mes doigts, les tra­vaux de den­telles de mon arrière-grand mère Alice qui couvrent à pré­sent le lit dans lequel j’aime savou­rer les orages d’été et les tem­pêtes hiver­nales. Nous n’y sommes pas encore. Le nez dans un livre, mon atten­tion fut volée par un papillon mar­ron aux motifs rouges qui bat­tait des ailes contre ma fenêtre côté chambre. Je lui ai ouvert le pas­sage vers une liberté, l’air frais et d’autres odeurs. Il s’y est engouf­fré sans deman­der son reste. Je l’ai vu voler, puis, à peine quelques mètres plus loin, redes­cendre pru­dem­ment. Au sol, il s’était arrêté sur les cailloux devant la mai­son. Tout près de lui, pour­tant, une belle herbe que je devi­nais encore verte, des arbres pas tout à fait nus, et le ciel illi­mité. Je l’ai observé encore un peu, en lui fai­sant les gros yeux der­rière la fenêtre comme pour l’inciter à redé­mar­rer sa course. Las­sée plus rapi­de­ment que lui, j’ai rega­gné mon livre. Quelques pages plus loin, un coup d’œil : il avait dis­paru. Des gris cailloux à l’herbe verte, et plus loin le ciel bleu, le papillon mar­ron aux motifs rouges est parti vivre dans ce bel automne au calme sans couleurs.

23 sept

Une mémoire soeur jumelle de l’imagination.

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L’écriture de soi, pra­tique com­pli­quée. Par­fois utile, voire thé­ra­peu­tique. Par­fois expé­ri­men­tale, ou juste pour jouer. Elle est l’objet d’une par­tie de mes recherches depuis quelques années, et pour­tant… J’étais pas­sée à côté d’Henri Desroche.

Socio­logue fran­çais (1914/1994), Henri Des­roche a cen­tré l’essentiel de ses études autour du coopé­ra­ti­visme. Sujet qui m’intéresse par­ti­cu­liè­re­ment, puisque c’est dans le cadre d’une coopé­ra­tive d’activités et d’emplois que je déve­loppe actuel­le­ment mes acti­vi­tés artis­tiques. Dans ce cadre socio­pro­fes­sion­nel pré­cis, Henri Des­roche a mis en place une méthode pour faci­li­ter les col­la­bo­ra­tions, qui passe par une étape d’écriture de soi.

Selon Des­roches, cha­cun porte en lui son pro­jet secret d’entreprendre. Pour le com­prendre, le socio­logue pro­pose une exer­cice auto­bio­gra­phique. Cela se passe d’abord en un entre­tien, où le “sujet” raconte les étapes de sa vie (expé­rience for­melle, infor­melle, acti­vi­tés socio­cul­tu­relles, emplois…) à une autre per­sonne qui l’écoute et prend des notes pour lui. Une fois l’entretien ter­miné, des fils rouges, conduc­teurs, se des­sinent, pré­cisent ses pro­jets et expliquent le che­mi­ne­ment qu’il a par­couru. L’idée est d’écrire un texte de pré­sen­ta­tion à par­tir de cet exer­cice : c’est ce qu’il l’appelle l’autobiographie raisonnée.

Des­roches parle très jus­te­ment d’une “mémoire soeur jumelle de l’imagination”. Nous créons tou­jours avec ce que nous avons vécu. Mais pour­quoi écrire une auto­bio­gra­phie rai­son­née ? Dans le cadre d’une coopé­ra­tion, cela per­met de deve­nir lisible aux yeux des autres, et d’installer alors un rap­port de confiance. Lors de l’entretien, il est très inté­res­sant d’échanger des rôles… Je me raconte, tu te racontes. Mais Sté­phane Bos­suet, qui est à l’origine de la coopé­ra­tive Arten­réel dont je fais par­tie, en parle mieux que moi :

L’autobiographie rai­son­née tout en gar­dant le fil de son ima­gi­naire et de ses rêve­ries (à la coopé­ra­tion ?) doit per­mettre l’expression de son talent en se récon­ci­liant avec son his­toire. Tout récit néces­site un cadre ima­gi­naire ; mise en scène libre de ce que la per­sonne a vécu, res­senti, pensé à pro­pos de son par­cours, c’est aussi l’assurance d’une confir­ma­tion : être capable de se com­men­ter. Par le pas­sage à l’écriture de son auto­bio­gra­phie rai­son­née, l’acteur raconte aux autres ce qui a du sens pour lui. C’est le point de départ d’une écri­ture libre d’auteur, avec un contenu et une forme auto­nome et per­son­nelle. Ni vérité docu­men­taire, ni com­plai­sance nar­cis­sique, on cherche avant tout à se situer. Il s’agit en réa­lité de faire, par l’autobiographie rai­son­née, une ana­lyse sys­té­mique de soi-même dans une socio culture col­lec­tive. Les « autres » sont la condi­tion de la réa­li­sa­tion de soi, ils sont les obs­tacles aux­quels il est indis­pen­sable de s’affronter : l’écriture de soi ne vaut que si l’on met en par­tage ses expé­riences, ses souf­frances, ses espoirs. Une manière de faire ses gammes avant de pas­ser aux choses sérieuses : sur le plan col­lec­tif, la construc­tion d’un deve­nir com­mun, un pro­jet « coopératif ».”

14 sept

Seeing you — Lorena Morin

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J’écrivais donc, c’est la ren­trée pour la culture. Et entre autres choses : les expo­si­tions reprennent, notam­ment dans la petite gale­rie de grande qua­lité située rue Kage­neck à Stras­bourg, Sti­mul­ta­nia. La sai­son démarre fort, avec la pré­sence des images tou­chantes et intimes de Lorena Morin, pho­to­graphe espa­gnole de 38 ans.

© Lorena Morin

Avant d’y emme­ner mes yeux, j’avais entendu dire que les cli­chés étaient déran­geants et par­fois crus. Lorena Morin tra­vaille sur les thé­ma­tiques de l’intime, de l’autobiographie, notam­ment à tra­vers la cap­ture d’instants par­ta­gés au sein de sa petite famille. Sur place, j’ai décou­vert des pho­to­gra­phies trans­per­cées d’une belle ten­dresse. Ce qui en devient presque enva­his­sant n’est pas à mes yeux la nudité, mais la très forte confiance qui cir­cule entre Lorena Morin et sa famille, qu’ils semblent confier aux visi­teurs de l’exposition. Dif­fi­cile d’y échap­per, je n’ai eu aucune envie de répri­mer mes sourires.

J’aurais pu me deman­der pour­quoi faire preuve d’autant d’impudeur, mais face à une telle sim­pli­cité, ces ques­tions aurait été de trop. J’ai trouvé les cli­chés d’une grande qua­lité… et sur­tout d’une jus­tesse très per­ti­nente. À l’heure où beau­coup s’amusent à ajou­ter des filtres vin­tage sur leurs pho­to­gra­phies numé­riques, je vous conseille d’aller jeter un œil au tra­vail de Lorena Morin qui maî­trise l’art de ne pas contrô­ler le spontané.

Le site inter­net de l’artiste : lorenamorin.com
Expo­si­tion Seeing you à voir à la Gale­rie Sti­mul­ta­nia du 9 sep­tembre au 13 novembre 2011, au 33 rue Kage­neck (Stras­bourg), plus d’infos sur stimultania.org

Repor­tage vidéo de France 3/Culturebox :