Inventer ?
Inventer, c’est peut-être la chose qui m’est le plus difficile dans l’écriture. J’y ai toujours préféré l’extrapolation. Vous pourrez toujours me rétorquer que cela revient au même, ce n’est pas moi qui vais vous contredire. M’asseoir en silence pour créer de toutes pièces une base solide pour une fiction est quelque chose qui me fait autant frétiller que le son d’une comédie musicale de Kamel Ouali – plutôt terrorisant.
Aux traditionnelles questions Qui-Quoi-Quand-Où-Pourquoi, je ne m’intéresse toujours qu’à la dernière option. Quand je commence un projet, c’est que j’ai déjà une idée. Alors à ce moment-là, je pourrais m’asseoir en silence et inventer un contexte. Mais je n’y arrive jamais non plus. Je garde mes idées en tête et me laisse influencer par ce que je vais lire/voir/entendre/vivre/oublier les quelques mois qui suivent. Ensuite – et seulement ensuite – je me mets à écrire. Je tiens d’ailleurs cette manie pour responsable du grand nombre de mes projets simultanés.
En mai 2010, une idée est née autour d’un café avec Antoine P. Ses écrits sur Facebook m’ont vraiment fait réfléchir au phénomène des avatars virtuels, et à la construction de personnages, que je nommerais à vue de nez : mirréels. C’est le sujet sur lequel j’ai travaillé de manière latente et investie (ce qui est totalement possible quand on se bat contre la monomanie et la paresse de manière parallèle).
Pendant de longs mois, j’ai effectué de nombreuses recherches, passé des heures à espionner (avec une démarche tout ce qu’il a de plus scientifique… si, si…) un tas de personnes sur Facebook, interrogé des gens sur mon sujet d’étude sans qu’ils ne s’en rendent compte, pris des notes sur mon petit carnet noir, et y ai réfléchi en écoutant du David Bowie (au cas où son talent pour l’invention de personnages aurait pu se transmettre par les ondes). Et puis, en juin dernier, j’avais enfin une idée très précise des problématiques que je souhaitais aborder. Il s’agissait de mettre en perspective une personne et son avatar, si possible trompeur (ne l’est-il pas toujours ?). Le temps de l’écriture était-il donc venu ?
Oui. Mais je n’avais à portée de plume que la moitié du personnage (vous me suivez ?) : l’avatar, beaucoup plus facile à créer. Dur constat, j’allais devoir inventer un contexte. Ce fut laborieux. Mais au bout de quelques jours, j’avais décidé de m’amuser. Cela allait donc devenir : un roman. Mes premiers essais tournèrent autour du catastrophique, et je suis encore chamboulée de m’être essayée à l’introduction de dialogues entre deux paragraphes narratifs. Qu’importe : le défi est lancé. C’est autre chose, et cela me plaît.
Alors oui, j’invente, mais je vérifie ensuite. C’est ainsi que je me suis retrouvée il y a deux semaines en talons hauts sur une plage de galets. Incarner l’héroïne pour toucher au vraisemblable – un peu de théâtre ne (me) fait jamais de mal. Autour de ce projet, beaucoup de possibilités, de croisements. De l’image, du son (le temps de me refaire de la corne aux bouts des doigts).
